Contribution – États généraux de la mobilité : des solutions écologiques pour le XXIème siècle
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Rouen, le 5 novembre 2018

 

 États généraux de la mobilité : des solutions écologiques pour le XXIème siècle

 

L’accélération du changement climatique, avec ses conséquences dramatiques – les destructions, les morts, les migrations ; la destruction sans frein de la nature – des animaux, des forêts, des oiseaux, des insectes – et des terres agricoles ; mais aussi la raréfaction de l’argent public, doivent nous faire changer radicalement nos priorités.

La Région est devenue, par la loi NOTRe, chef de file pour le climat et autorité organisatrice de tous les transports. C’est une responsabilité et une opportunité d’agir, dont il faut s’emparer dès maintenant.

Si la France veut respecter les accords de Paris, il nous faut prendre à bras le corps la question des transports – qui sont responsables du tiers des émissions de gaz à effet de serre, et en augmentation.

Notre proposition est de réorienter les budgets, en fixant une règle d’or climatique – pour rester au-dessous des 1,5°C de réchauffement global, et nous donner les moyens d’atteindre le facteur 4 (la division par 4 de nos émissions de GES d’ici 2050).

Quels sont les leviers d’action de la Région ? La feuille de route est limpide : il faut dès maintenant réorienter les investissements vers les modes de transport les moins polluants – les transports collectifs, le ferroviaire, le fluvial, et les mobilités actives, le vélo, la marche, qui sont tous bons et pour le climat et pour la santé publique.

Or, qu’en est-il ? La Région continue, année après année, de subventionner à perte quatre aéroports déficitaires, des routes, et des autoroutes qui sont des « pompes à fric » (ou des vaches à lait !) au profit des concessionnaires. On peut renvoyer à l’article de l’hebdomadaire Marianne sur l’A28 en juin dernier, qui illustrait les bénéfices records réalisés grâce à une autoroute qui apparaît désormais surtout comme un produit financier.

Faisons le vœu que la Région investisse plutôt les 157 millions d’euros de l’A133-A134 dans le ferré, le fluvial, les transports collectifs, et le soutien aux mobilités actives.

Nous plaidons pour ces alternatives et leur complémentarité.

En voici quatre illustrations concrètes : la réouverture de la liaison ferrée entre les préfectures d’Évreux et Rouen ; les nouvelles rames de train commandées par la Région ; les perspectives ouvertes pour la Région par le projet de canal Seine-Nord-Europe ; la place de la voiture dans la ville.

  • Pour la liaison Rouen-Évreux, deux faits nous poussent à demander la réouverture du dossier : le projet de déclassement de la ligne au profit d’une voie verte cyclable ; et l’abandon programmé de la phase 2 du projet LNPN.

C’est ce même projet LNPN qui avait fait refermer le dossier de la réouverture de la ligne en 2011. Nous avions plaidé lors du débat public pour un simple doublement du mantois et une nouvelle gare de Rouen. Cette voie de la raison revient aujourd’hui, poussant à abandonner la perspective d’une LGV hors-sol et hors de prix.

Misons plutôt sur l’amélioration de l’existant, avec le doublement du mantois et une nouvelle gare de Rouen, et rouvrons enfin la perspective d’une liaison ferrée entre les deux préfectures de Rouen et d’Évreux. L’étude d’opportunité menée par la Région en 2009 avait estimé le coût financier d’une réouverture de la ligne à 135 millions d’euros, pour en potentiel de 2500 voyageurs. C’est un choix politique ! Pour un coût total plus de sept fois inférieur à celui du projet d’autoroute A133-A134. Actuellement, 3 500 personnes font quotidiennement le trajet Rouen-Louviers et 1 450 pour Rouen-Évreux. Ces usagers sont aujourd’hui captifs, sans alternative à la route. Ils bénéficient certes d’une deux voies gratuite entre Acquigny et Évreux, mais on sait que cette gratuité serait remise en question par la future autoroute – avec de l’autre côté l’A154 qui passe d’ores et déjà en concession autoroutière payante entre Nonancourt et Chartres.

Interrogée au sujet de la liaison Rouen-Évreux, la Région plaide pour une solution de transport par le car, déjà existante. Mais quel cadre, quel étudiant, quelle personne âgée s’installerait aujourd’hui à Évreux avec la seule perspective d’un car ou de sa voiture pour se déplacer jusqu’à la métropole voisine ? Les habitants d’Évreux se tourneront encore vers Paris, reliée par le train, et non vers Rouen, qui ne bénéficie pas de liaison ferrée. Pour répondre à la question des passages à niveau et du bruit pour les riverains, il existe une solution technique, éprouvée ailleurs en France et en Europe : c’est celle du tram-train, qui représente en outre un vrai service pour la mobilité des riverains.

Ne mettons donc pas en concurrence le train et le vélo, en déclassant les lignes en voies vertes. Parce que ces deux modes de transports sont parfaitement complémentaires et efficaces : il faut les concevoir ensemble, et non l’un contre l’autre.

  • C’est ce même souci d’intermodalité et de complémentarité qui nous amène à demander de revoir l’aménagement des futures nouvelles rames normandes, commandées par l’État à Bombardier, qui seront mises en service en janvier 2020 sur les axes Paris-Caen-Cherbourg et Paris-Rouen-Le Havre.

Avec six crochets vélo pour 1000 voyageurs, nous sommes loin d’une politique favorable au développement du vélo pour le travail et les loisirs ! Si la Seine à vélo veut un jour obtenir le succès de la Loire à vélo, il faudrait aussi prendre exemple sur les trains de la région Pays de la Loire, qui peuvent accueillir 83 vélos pour 834 passagers. C’est aussi ce que préconise le nouveau règlement européen, qui stipule que les trains neufs devront disposer de huit emplacements vélos par rame.

  • Le dernier sujet, pour une Région qui assume son rôle de chef de file pour le climat, c’est la prise en compte du futur canal Seine-Nord-Europe. Un nouvel axe autoroutier Nord-Sud sera voué à l’échec, avec la concurrence d’un moyen de transport cinq fois plus efficace énergétiquement et trois fois moins émetteur de GES par le fleuve et le canal que par la route.

Faisons-en une opportunité pour agrandir l’hinterland des ports normands, à condition qu’ils investissent dans le fluvial, et non plus dans le routier. Pour des raisons écologiques, de pollution, d’efficacité énergétique, de lutte contre le réchauffement climatique, mais aussi parce que si nous ne prenons pas ce tournant du fluvial, il y a de grandes chances que ce soit les ports du Nord de l’Europe, mieux équipés, qui choisissent de le faire à notre place. Et nous ne les blâmerons pas, si c’est une avancée écologique.

  • Mais comment parler mobilité sans parler de la place de la voiture en ville, en particulier des diesel, et de la pollution qu’elle génère, ainsi que des morts prématurés ? Paris, Lille, Grenoble, Lyon, Strasbourg installent des zones de circulation restreinte (ZCR) et font la part belle au vélo.

Bien loin de la métropole rouennaise où l’enquête ménage révèle que la voiture particulière représente 63% des déplacements internes, plus de 1,5 millions de déplacements en interne, avec une part grandissante des petits trajets : près de la moitié réalisent des trajets de moins de 3 km, et même 5% réalisent des trajets de moins de 500 m. Et à cela s’ajoutent les 152 730 véhicules quotidiens en échange pour les deux tiers, ou en transit. C’est valable pour la métropole rouennaise et pour toute la Normandie.

Quand Londres va interdire totalement le diésel d’ici 2020, quand Paris va interdire le diésel et doubler le nombre de pistes cyclables, quand Bruxelles offre la plus grande zone sans voiture d’Europe, que Berlin construit des autoroutes à vélo de quatre mètres de large, quand New York, San Francisco ne cessent de réduire la place de l’automobile, quand l’Italie, l’Allemagne, les pays du Nord ne cessent de développer le vélo, que font la Région Normandie et la métropole pour réinventer la mobilité ? Le statu quo du tout-voiture. Même la T4 en construction a été modifiée pour faire plus de place aux voitures, en renonçant aux pistes cyclables et aires piétonnières initialement prévues. A Louviers, près de chez moi, on abandonne une rue piétonne du centre-ville à la voiture. Quelle alternative lorsque l’on choisit de mettre en concurrence les modes doux et camions et autos sur une même voie ?

Inventer la mobilité du futur, c’est choisir maintenant de privilégier et développer les modes doux pour la ville ; les transports les moins polluants pour les marchandises, via le fleuve et le train ; des transports collectifs de qualité pour relier les centres urbains ; le train entre les deux préfectures de l’Eure et de la Seine-Maritime ; plus de voies piétonnes et de partage pour les vélos, les métros et les bus. Et un véritable cadencement pour les transports, parce qu’on ne peut pas ne considérer le transport que comme un transport domicile-travail (qui ne représente que 20% des déplacements d’après l’étude Normandoscopie). Cadencement, amplitude horaire et correspondances offrent une véritable opportunité de se libérer de la voiture.

Comme cela se fait partout dans le monde. Et, à l’instar de Séoul qui a rendu l’autoroute urbaine aux piétons, ou à Paris qui mets ses quais à disposition des habitants, il faut en finir avec les autoroutes et le tout voiture sans partage, au grand profit des concessionnaires, au mépris des habitants. Et bien sûr, il faut installer tout de suite les parkings relais indispensables aux usagers qui utilisent leur véhicule pour les déplacements interurbains, avec des rabattements vers les plates-formes de correspondance, bus-train-métro-vélo, en souhaitant un billet unique, à l’instar de l’abonnement atoutmod’multi, de l’origine à la destination. Pour tous les Normands.

La mobilité n’est pas l’immobilisme. Il n’y a nul courage à prendre l’histoire à rebrousse-poil, il en faudra pour inventer la mobilité du futur.

Laetitia Sanchez, conseillère régionale de Normandie et Présidente du Groupe Normandie Écologie – EELV

 

Contact :

Groupe des Élu-e-s Normandie Écologie – EELV / 73 rue Martainville – 76000 Rouen / 02 35 89 01 75 / elus-normandieecologie@eelv.fr